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Thiéfaine au Tampon
HF Thiéfaine Retour sur un concert exceptionnel, celui du rocker HF Thiefaine au théâtre Luc Donat du Tampon, 1er des trois dates réunionnaises de cet immense artistes bien trop souvent méconnu.
60 ans ? Pas possible ! Tel est la première pensée qui me vient à l’esprit lors de l’entrée sur scène de Thiéfaine. Je me rappelle les quelques photos datant du début de sa carrière il y a plus de trente ans, et constate que les années n'ont pas d’emprise sur le physique de celui qui arbore ce soir un T-shirt « Ecce Homo ». Non, le temps semble l’avoir oublié, lui et sa musique toujours aussi fraîche et dérangeante qu’à ses débuts. « Les mots de Thiéfaine emportent vers l’inconnu » avait un jour déclaré Léo Ferré, et c’est donc un immense saut vers cet inconnu unique que le public du Théâtre Luc Donat réalisa ce soir là, emmené par la puissance transcendante de Monsieur Thiefaine et ses quatre musiciens. Le voyage fut intense, traversa des zones de turbulences difficilement contrôlables, ainsi que des passages en apesanteur quasi mystique. La verve de Thiefaine est toujours aussi tranchante, ses textes aussi poétiques. Le public toucha de près l’abyme insondable de son univers étrange, mélangeant tout ce que le rock peut avoir de meilleur avec des textes hallucinés et chaotiques. Son dernier album, « Scandale mélancolique », ne déroge pas à la règle, même si les musiques ont été cette fois écrites par d’autres que lui (entre autre Cali, Mickey 3D). N’empêche qu’un texte de Thiefaine se reconnait entre mille par la profondeur dérangeante qu’il dégage, cette impression de désordre qui leur confère une place à l’envers de tout ce que l’on a l’habitude d’entendre.
Mais surtout, si l’on revient rapidement sur la carrière de cet homme, c’est avec humilité qu’on se dit qu’en trente années de carrière, pas une seule fois il ne tomba dans le jeu de la sur- médiatisation, des talk-shows navrants, ou autre abrutissement télévisuel. Non, l’homme a su rester intègre, conserver sa vraie nature et son mental, certes dérangé, mais loyal envers lui-même. De ses débuts en 1978, on retiendra ce côté farceur mais déjà complètement décalé et à contre-courant avec des chansons comme « l’ascenseur de 22h43 », « Maison Borgnol » « la fille du coupeur de joints » ou encore « Groupie 89 turbo 6 ». Des 1981 s’ensuit des albums plus sombres et mélancoliques, comme « Soleil cherche futur », « Dernières balises avant extinction » ou « Metéo fur nada ». Les années 90 vont se révéler un peu moins noires, avec « Fragments d’hébétudes » ou encore « la tentation du bonheur ». Puis le nouveau millénaire va amener un certain renouveau en 2001 avec « Défloraison 13 », mais surtout en 2005 avec ce magnifique et indispensable « Scandale mélancolique ». En tout ce sont 14 albums (sans compter les lives et les compilations) que Thiéfaine a écrit toujours en contre-courant et surtout sans se soucier des tendances populaires et commerciales dictées par l’industrie du disque.
Ce soir là au Tampon, il était survolté, amenant toujours un peu plus le public vers un point de non retour. Les fauteuils molletonnés du théâtre furent vite délaissés, et le public rejoignit les traverses et le devant de la scène pour contribuer de manière vivante et efficace à ce qui fut sans doute l’un des meilleurs concerts de l’année 2006 à La Réunion. D’ailleurs, l’homme non plus ne s’y trompa pas, et joua en tout plus de deux heures. Les morceaux se sont enchainés de manière anachronique. Pour ne citer qu’eux : « Alligator 427 », « Comme un chien dans un cimetière », « Narcisse 81 », l’excellentissime « Soleil cherche futur », « lorelei sebasto cha », « les dingues et les paumés », « Pogo sur la deadline », « quand la banlieue descendra sur la ville », avec bien sûr les titres phares de son dernier album comme « Confession d’un Never been », « le jeu de la folie », « scandale mélancolique » ou encore « Télégramme 2003 ». Ces deux heures avec leur deux rappels ont semblées bien courtes, mais tout le monde présent ce soir là a bien vu que l’homme avait tout donné de lui-même. Il prit même un instant sa guitare acoustique pour un moment magique, l’interprétation seul sur scène d’un morceau.
On a pu lire dans la presse nationale que ce serait peut-être sa dernière tournée. Si tel est le cas, un grand merci à Monsieur Thiéfaine pour avoir posé ses amarres sur notre île parfois oublié des grands noms du rock. En revanche, s’il ressort un nouvel album et que l’homme repart en tournée, alors il ne faudra pas qu’il oublie de nous rendre à nouveau une petite visite !
Article de Jack EnKo, publié le 12/11/2006 Catégorie culturel Vu 1257
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