Sitarane

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Sitarane

Quelle histoire sombre que celle que l’imagerie populaire nomma « l’affaire Sitarane » ou encore « l’affaire des buveurs de sang ». Cette histoire est vaste, et lorsque l’on se penche sur les faits historiques, on est bien loin de saisir le culte porté à Sitarane encore aujourd’hui.

Tombe de Sitarane à Saint PierreL’histoire débuta en 1908. Le sud de l’île est la proie de nombreux larcins et cambriolages la nuit. A chaque fois c’est la même chose : ni les chiens aboient, ni les hommes et les femmes qui dorment dans leur chambre n’entendent quoi que ce soit du cambriolage qui est en train de se dérouler juste à côté d’eux. Une vague de peur et de psychose envahit désormais l’île, surtout du , au fait que la façon d’opérer de ces voleurs reste inconnue, voire surnaturelle. En réalité cette bande de voleur utilise une mèche anglaise et une barre à mine. Un peu en dessous de l'emplacement de la bascule de la serrure, une série de petits trous rapprochés est percée, puis on enlève le rond de bois ainsi délimité à l’aide de la barre à mine. Le voleur peut alors passer son bras, lever la bascule et le tour est joué ! Mais bientôt cette technique vient à être connu et par conséquent les propriétaires vont tout faire pour renforcer leurs portes, mais rien n’y fera, la bande du sud parvient à chaque fois à entrer où ils ont décider d’entrer. Mais le plus surprenant reste le fait que ni hommes ni bêtes n’entendent rien… pourtant, percer une cloison et utiliser une barre à mine n’est pas ce qu’il y a de plus discret.

Le côté dramatique, voir même horrifiant de l’affaire commence avec la date du 20 mars 1909. Hervé Deltel, jeune propriétaire tamponnais qui doit se marier prochainement et qui donc a réuni chez lui pas mal d’argent et de provisions est retrouvé mort à 6h par le gardien de sa propriété. Le montant de la porte a été percé suivant la même technique imputable à la bande du sud. Le ou les assassins, après examen par les gendarmes et les médecins, ont tué Hervé Deltel alors que celui-ci dormait profondément dans son lit. Bien entendu, toute sa maison fut vidée de l’argent et des provisions qui étaient stockés. Et son chien de garde, réputé très fiable, est resté statique, et fut même encore pendant quelques jours apathique.

La population locale est cette fois terrifiée par ce meurtre inutile. Mais malheureusement la bande du sud n’en restera pas là, et c’est 4 mois plus tard, le 11 août 1909 qu’elle accomplira le crime le plus effroyable qu’il soit.

Lucien Robert, jeune instituteur à Saint Pierre habitait le quartier de la caserne avec sa jeune épouse. Ils sont retrouvés par les gendarmes le matin alors que Mr Robert n’était pas à l’école, gisant dans une mare de sang sur leur lit, leurs visages tournés en vis-à-vis. Le rapport de la gendarmerie indique que non seulement la jeune femme était enceinte, mais que les meurtriers l’ont violée une fois morte. Le mode opérationnel était toujours le même, et cette fois la population est non seulement terrorisée, mais commence à songer que cette bande de tueurs doit bénéficier d’une bien sombre et diabolique protection.

Au contraire, la bande du sud continue ses larcins au cours des mois restant de cette année 1909, mais ceux-ci se soldent par des échecs. Sans doute la population est tellement paranoïaque que cette fois ci les gens ne ferment plus l’œil de la nuit, et donc parviennent à faire fuir les rôdeurs. Au même moment, il est amusant de constater que Monsieur Choppy, l’adjoint au mère de Saint Pierre ira même jusqu’à voir une voyante de Saint Denis pour aider à arrêter les voleurs.

Fin septembre, la bande s’attaque à la propriété de Monsieur Charles Roussel au Tampon. Mais le gardien veille, et arrive avec son fusil lorsqu’il entend ces étranges bruits sur la porte de son maître. Une lutte s’engage entre l’un des membres de la bande (on saura plus tard qu’il s’agissait de Sitarane) et le gardien. Un coup de feu éclate, mais aucun des hommes n’est touché. Pendant la débâcle, les deux autres membres de la bande ont déjà pris la fuite, et Sitarane, profitant d’une chute à terre du gardien, détalle à son tour. Mais voilà, reste sur place bon nombre d’éléments : deux sacs, deux gonis, un chapeau, un pistolet, deux couteaux de boucher, une barre en fer, un villebrequin neuf, ainsi qu’un usagé, et plié dans une feuille une étrange poudre jaune. Les gendarmes invitent tous les habitants à venir voir ces objets en vue de leur identification. La population vient en masse. Et çà marche ! le chapeau, le revolver et un des sacs sont reconnu comme appartenant à un dénommé Simicourbi Simicoudza, un ancien travailleur engagé mozambiquien surnommé également Sitarane. Le villebrequin neuf est également identifié comme appartenant à un dénommé Emmanuel Fontaine, menuisier au tampon. Les deux hommes sont immédiatement arrêtés. De plus, des analyses révèleront que le pistolet était celui de Hervé Deltel. Les deux hommes nient catégoriquement, puis finissent par avouer avoir participé aux vols, mais sans tuer qui que ce soi, que le véritable tueur est leur chef, un certain Pierre Elie Calendrin, surnommé Saint Ange, en raison de ses pouvoirs de sorcier. Les gendarmes recherchent alors activement l’homme, et se rendent à la grotte de la Chatoire au Tampon, lieu indiqué par Sitarane et Fontaine comme celui où ils cachent leur butin. Grâce à la découverte de la grotte , ils arrêteront la totalité de la bande, sauf Saint Ange, soit une dizaine de personnes, hommes, femmes, enfants qui n’étaient en réalité que des receleurs.
Mais le 31 décembre 1909, des cultivateurs mettent la main sur Saint Ange, et s’apprêtent même à le lyncher. Heureusement pour lui les gendarmes arriveront à temps.

Une fois toute la bande arrêtée, tout s’explique, et même bien plus encore. Tout d’abord, si , ni les animaux ni les hommes n’entendaient quoi que ce soit c’est pour deux raisons. La bande donnait aux chiens des coqs qui avaient macérés dans un mélange de datura et de zamal ce qui les rendaient complètement amorphes. Pour les hommes, c’est plus vague. Les gendarmes avaient découvert une poudre jaune. Il semblerait que la bande soufflait par un des trous qu’ils faisaient au villebrequin un peu de cette poudre, et que cela endormait les gens. De plus, les gendarmes, de peur, peut être que cette poudre magique ne soit reproduite, n’en divulguèrent jamais la composition.
Ensuite, les hommes avouèrent procéder à des rites initiatiques avant de commettre leurs larcins : Boire du sang de cadavre (qu’ils avaient récolté sur Hervé Deltel et les époux robert) au coucher du soleil (ce qui leur valut le surnom de « bande de buveur de sang »), ainsi qu’une mixture préparée par Saint Ange. Ensuite, ils se mettaient en cercle autour d’un feu, et Saint Ange faisait des passes au-dessus des flammes avec une carte de roi de pique. Puis, la carte, sur ordre de Saint Ange, était piquée au couteau par Sitarane sept fois. C’était donc bel et bien Saint Ange le chef du groupe, le sorcier et tisanier qui donnaient les ordres, mais également organisaient ces rituels sacrés qui ont été le déclencheur des meurtres commis par les voleurs.

Le 13 décembre 1910 tombe le verdict du procès : Sitarane, Fontaine et Saint Ange sont condamnés à mort. Cinq de leur complice aux travaux forcés à perpétuité. Deux femmes et un jeune homme sont acquittés.
Mais l’étrangeté de cette affaire ne s’arrête pas là. Les condamnés intentent un pourvoi en Cassation. Le dossier est donc transmis à Paris. Le 18 juin 1911 parvient la réponse de la cour de Cassation : Sitarane et Fontaine sont toujours condamné à mort, mais Saint Ange est gracié par le Président de la République lui-même ! Il échappe à la peine de mort pour être condamné à l’emprisonnement à perpétuité en Guyane, sur l’île du Diable.
Sitarane et Fontaine sont guillotinés le 20 juin 1911. Ils sont enterrés dans la même tombe du cimetière de Saint Pierre. Il est à noter que le nom de Saint Ange a été également rajouté plus tard, mais il n’en n’est rien. Saint Ange mourra seulement trois ans avant la fermeture du pénitencier de Guyane en 1932

De nos jours, c’est un véritable culte qui est donné à Sitarane. Tout les mérites de sorcellerie lui reviennent, et le nom de Saint Ange et même de Fontaine sont le plus souvent oublié. Pourquoi ? peut-être parcequ’il fut à sa demande baptisé juste avant sa mort. Toujours est-il qu’à La Réunion sa tombe est tous les jours décorée, et y sont déposé également des objets de culte.

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