1800 1840 : Un vent de renouveau a la reunion

architecture reunion,architecture ile reunion,architecture case créole,architecture creole

1800 1840 : Un vent de renouveau a la reunion architecture reunion,architecture ile reunion,architecture case créole,architecture creole

1800 1840 : Un Vent De Renouveau A La Reunion

Dans ce que l’on peut appeler la « reprise en main » de l’île Bourbon, les grands corps de l’Etat sont privilégiés car ils représentent les piliers de cet ordre colonial, l’armée, l’enseignement et le Gouvernement, avant même l’Eglise.

- L’armée, car elle permet de maintenir un ordre général peu remis en cause, mais pas à l’abri d’une révolte dans une colonie où l’agitation sociale, du fait même de la composition multi-ethnique de la société, n’est pas impossible. La période entre 1800 et 1840 est caractérisée par un brassage de la population et un nivellement de la hiérarchie sociale. Les conditions de vie des esclaves s’améliorent, celles des blancs par contre se dégradent.

- L’Enseignement, car depuis le collège Saint-Cyprien, qui d’ailleurs a changé d’attribution très tôt, aucun établissement de formation conséquent n’a vu le jour à Bourbon. C’est aussi une manière pour la nouvelle Administration d’entrer dans les bonnes grâces d’une société de planteurs qui réclame, depuis longtemps, un lycée pour former leurs enfants, au lieu de devoir les envoyer en Métropole.

- Enfin, le Gouvernement, car le nouveau pouvoir ne peut s’installer décemment directement dans les locaux ayant vue passer la Compagnie des Indes, l’Administration Royale de l’ancien Régime, l’Assemblée Coloniale Révolutionnaire, les représentants du Premier Empire et les occupants Britanniques.

La caserne :

Les trois grands travaux du renouveau urbain à Saint-Denis, entre 1815 et 1825, sont la Grande Caserne et ses annexes le long du Barachois, actuelle Direction Départementale de l’Equipement (DDE), le Grand Lycée actuel Lycée Leconte de Lisle et la rénovation complète de l’Hôtel du Gouvernement, ancienne loge de Mahé de la Bourdonnais, actuelle Préfecture. Le Gouverneur Millin lance la construction de la caserne en 1819. L’emplacement a été vraisemblablement choisi en fonction des concessions que possédait l’armée puisque le bâtiment est construit sur l’espace du parc d’artillerie, déjà occupé depuis longtemps par les militaires. Cela donne une nouvelle physionomie au quartier et c’est à ce moment là, que se dessine l’esquisse d’un front de mer plus homogène dont le désir d’unité va hanter plus d’un Gouverneur et d’un Maire, mais qui ne connaîtra son aboutissement qu’après 1850, et prendra le nom de Barachois, qu’on lui connaît encore aujourd’hui.

Le lycée :

L’autre grand chantier commencé en 1818, est donc le collège Royal ou Grand Lycée, aujourd’hui Lycée Leconte de Lisle. Le bâtiment est d’une envergure toute aussi importante que la caserne, mais placé à l’autre extrémité, à proximité du jardin colonial. Cette implantation, loin du « vieux carré » fait preuve de bon sens annonçant enfin une tentative de désengorgement de la vieille ville héritée de la Compagnie des Indes. Les 3 grands bâtiments construits ou rénovés, à ce moment, présentent une logique de conception ou d’implantation inconnue jusqu’alors dans la ville. Cependant, cette période sera de courte durée, car les prochaines constructions seront toutes concentrées dans « le vieux carré » de Saint-Denis. Il semblerait donc que ce bref moment d’innovations soit liées à des administrateurs ou ingénieurs de passage, plus avisées que les précédents.

Cet esprit nouveau se retrouve d’ailleurs dans la conception de la caserne et du collège Royal. Il offre un exemple réussi de construction de grande taille avec réflexion sur l’adaptation au climat, tout en restant fidèle aux modèles utilisés jusque-là. La principale caractéristique du bâtiment réside, bien sûr, dans cette triple galerie courant tout le long de l’élévation. Son rôle, est en fait double, permettant de rejeter sur la façade, les couloirs de circulation et d’assurer une régulation thermique de l’édifice. L’audace est d’avoir établi cette galerie sur deux étages, sous combles, dans une île où, il y a à peine un demi-siècle, il semblait impossible d’en élever un seul. Les arcades sont exactement les mêmes que celles de la caserne, ce qui souligne l’idée d’une conception commune, d’autant plus que l’on n’en retrouvera guère d’autres exemples par la suite. Détruit par une incendie en 1910, il sera rebâti à l’identique mais sans le dernier étage.

La loge :

Le grand chantier de l’Administration, en ce début du 19ème siècle, concerne la loge de Saint-Denis. Elle a subi de nombreuses modifications au cours de son histoire et ne peut échapper au vent de modernisation qui souffle depuis 1815. De toute façon, une rénovation, même partielle, s’imposait.

Après la Révolution, et surtout l’occupation Anglaise, la Loge est dans un état de délabrement avancé. La nouvelle Administration, sans en transformer profondément les structures, lui apporte des modifications qui changent considérablement son apparence. Curieusement, la rénovation lui donne une touche plus classique mais aussi plus locale. La charpente en forme de carène de bateau est changée au profit d’un toit à quatre pans couvrant la galerie, entraînant la disparition de la terrasse. La rupture avec l’ancienne façade est consommée dans le couronnement de l’entrée principale par une coupole surmontée d’un belvédère. Le résultat est plutôt à la hauteur des ambitions de cette nouvelle administration. Son apparence ne bougera désormais plus guère. La réfection totale de 1951 a permis d’harmoniser la bâtisse, sans pour autant la transformer. La couverture de zinc a fait place à une toiture en bardeaux. La façade Nord s’est vue dotée d’un portique avec terrasse parfaitement dans l’esprit du 18ème siècle. Mais surtout la coupole et son belvédère ont été enlevés, ce qui a donné une plus grande pureté de lignes à l’édifice.

Ces trois grands exemples de ce vent d’innovation qui souffle sur Bourbon après 1815, ne doivent pas occulter les autres bâtiments, de plus petite taille, tout aussi caractéristiques de ce renouveau architectural. Le terme « renouveau » est d’ailleurs presque impropre car les références stylistiques ne sont pas neuves et plongent bel et bien dans la tradition de construction coloniale à Bourbon. Il est intéressant de constater qu’aussi bien les modèles de la Compagnie des Indes, plutôt de style « Pondichérien », que ceux de l’Administration Royale, plutôt de style « Français », vont faire recette. Leur cohabitation pendant quasiment tout le 19ème siècle, même dans l’architecture civile, maintient un véritable casse-tête, en l’absence de cadastre, pour la datation.