De 1700 a 1800

histoire reunion,code noir,pierre poivre

De 1700 a 1800 histoire reunion,code noir,pierre poivre

De 1700 A 1800

de 1700 a 1800
De 1713 à 1732, la population réunionnaise augmenta de 1171 habitants à 8000 (dont 6000 Noirs). En 1715, des commerçants de Saint-Malo (France) introduisirent à Bourbon des plants de café d'Arabie, ce qui assura une grande prospérité et attira de nouveaux immigrants. Puis la Compagnie des Indes orientales fit abandonner la culture du café et introduisit celle du coton, du tabac et de l'indigo. Cependant, l'un des gouverneurs de l'époque, Mahé de Labourdonnais , favorisa plutôt l'île de France (aujourd'hui l'île Maurice) parce que, d'une part, l'île Bourbon paraissait trop montagneuse pour les grandes cultures, d'autre part, les désordres sociaux étaient fréquents chez les insulaires de Bourbon. Les nouvelles cultures de l'île Bourbon ne connurent pas le succès escompté, sauf celles du girofle , de la muscade et de vanille . En 1764, la Compagnie des Indes orientales fit faillite. Le roi de France racheta l'île Bourbon. Comme l'île avait besoin de main-d'oeuvre pour la culture du café, des épices et, plus tard, de la canne à sucre , les colons eurent recours à l'esclavage pour développer l'économie de Bourbon. Les premiers esclaves malgaches débarquèrent dès 1671. On sait que, le 28 août 1670, à la demande du ministre Colbert, le Conseil d'État du royaume officialisait la pratique de l'esclavage en France. Aux Antilles, l'esclavage avait vite assuré la prospérité économique des colons. En mars 1685, était proclamé le fameux code noir, une ordonnance de Louis XIV destinée à réglementer et à tempérer le régime de l'esclavage, et précisant les devoirs des maîtres et des esclaves. C'est un fait connu que ce Code noir, qui resta en vigueur dans toutes les Antilles et en Guyane française jusqu'en 1848 (date de l'abolition définitive de l'esclavage par la France), fut rarement respecté, les exploitants n'en ayant fait bien souvent qu'à leur tête.

À l'île Bourbon, aucun texte officiel ne semble avoir étendu l'application du Code noir. Néanmoins, les gouverneurs s'en inspirèrent très rapidement et adoptèrent des décrets calqués sur le modèle antillais, car les Français importèrent des Noirs dès la fin du XVIIe siècle. En 1696, l'île comptait 269 habitants, dont 200 Blancs et 69 Noirs. En 1700, on dénombrait 750 habitants mais 320 Noirs. En 1704, la population de l'île avait triplé: on y recensait 734 habitants dont 423 Français (hommes et femmes), 311 esclaves et quatre Noirs affranchis appelés «domestiques». Les historiens ont noté une légère progression en 1708 avec 894 habitants (507 Blancs et 387 Noirs), puis, en 1711, Bourbon avait franchi le cap des 1000 habitants avec 557 Blancs et 467 Noirs. Les Noirs demeurèrent moins nombreux que les Blancs jusqu'en 1713 alors qu'on dénombrait 1171 habitants (633 Blancs et 538 Noirs). En 1723, le célèbre Code noir de 1685 fut adapté à l'usage des Mascareignes et les lettres patentes de Louis XV, sous forme d'édit, furent enregistrées dans la ville de Saint-Paul, le 18 septembre 1724, par le Conseil supérieur de Bourbon. Ce nouveau Code Noir adapté à la situation de l'île Bourbon favorisa, dès 1725, l'arrivée de milliers d'esclaves qui venaient en majorité de l'île de Madagascar et de l'Afrique orientale pour y cultiver le café et les plantes à épices. Cette main-d'œuvre abondante paraissait nécessaire pour permettre à la Compagnie des Indes orientales de poursuivre l'expansion économique de Bourbon. Mais les esclaves n'attendirent pas l'abolition de l'esclavage en 1848 pour tenter d'échapper à leur asservissement et retrouver leur liberté. Ce phénomène désigné, rappelons-le, sous le nom de marronnage, tant aux Antilles que dans l'océan Indien, reste inséparable de l'histoire de l'esclavage à Bourbon, où il prit une ampleur particulière au milieu du XVIIIème siècle. En 1732, la population de l'île atteignait plus de 8000 habitants, dont 6000 esclaves noirs. Les esclaves de Bourbon étaient recrutés en Afrique de l'Est, à partir des comptoirs arabes ou portugais du Mozambique et de Madagascar. Le bond le plus spectaculaire se produisit entre 1735 et 1765, car les esclaves étaient passés de 6000 à 21 000 pour une population de 25 000 habitants, les Noirs étant définitivement majoritaires.

Grâce à Pierre Poivre, commissaire ordonnateur et intendant général des îles de France et de Bourbon (1767-1772), l'archipel des Mascareignes devint une colonie, prospère, organisée et enviée. En effet, Poivre y introduisit l'imprimerie, acclimata quantité épices (girofle, muscade, poivre, cannelle, etc.) et des dizaines d’espèces végétales , favorisa la culture des arbres fruitiers, fut l'auteur des premières lois de protection de la nature, et assainit le climat moral et social des Mascareignes en améliorant le sort des esclaves. Mais l'importation des esclaves a eu des conséquences au plan de la composition ethnique: elle a eu pour effet de modifier profondément la population d'origine, puisqu'on comptait 29 000 esclaves en 1779 sur une population de quelque 36 000 habitants. Lorsque la Révolution française éclata en 1789, on comptait à Bourbon 61 300 habitants, dont 10 000 Blancs, 1200 affranchis (domestiques) et 50 000 esclaves. En 1793, au cours de la Révolution française, après l'exécution de Louis XVI, l'île fut rebaptisée par la Convention et appelée île de La Réunion en souvenir de la «réunion» des Marseillais et de plusieurs bataillons de la Garde nationale lors de l'assaut du palais des Tuileries. Cette fusion avait permis le renversement de la monarchie. Le 27 juillet 1793, la Convention de Paris proclama l'interdiction de la traite et, quelques mois plus tard, le 4 février 1794, celle de l'esclavage. Le décret prescrivait «l'abolition immédiate» et ne prévoyait aucune disposition sur le dédommagement des propriétaires ou sur l'avenir des «populations libérées». L'Assemblée coloniale de l'île de La Réunion (et celle de l'île de France) se prononça contre ce décret et réclama avec insistance à la Convention sa suppression pure et simple. Les Réunionnais n'obtinrent qu'un sursis et décidèrent alors de ne pas appliquer le décret d'abolition. L'île de La Réunion continua de pratiquer l'esclavage en toute impunité, malgré l'illégalité de la situation.