Les eglises de l'ile au 18eme siecle

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Les Eglises De L'ile Au 18eme Siecle

Les eglises de l ile au 18eme siecle
Cette vague néo-classique, déjà exprimée depuis la fin du 18ème siècle dans l’architecture privée, atteint de nombreux bâtiments publics à Saint-Denis à partir de 1850. Leur concentration dans la capitale de l’île ne doit pas occulter le fait que d’autres endroits de la Réunion ont été touchés par le phénomène, où l’on trouve encore de très jolis exemples de cette mode, peut-être plus aboutis qu’à Saint-Denis.

L’église paroissiale de Sainte-Rose témoigne de la réussite de l’architecture néo-classique quand elle n’est plus tentée par le gigantisme. D’un volume très simple, elle est caractérisée par le dépouillement de ses lignes, mais dans lesquelles les frontons-pignons et les corniches trouvent une très belle expression. L’église de Sainte-Rose, bâtie de 1849 à 1858, bénéficiant d’un plan allongé, de toits à pans relativement longs et d’une mise en œuvre en pierres taillées et moellons enduits, apparaît comme un modèle de proportion à l’allure de petit temple grec.

Les églises de Saint-Benoît, Saint-Louis, Trois-Bassins et Saint-Joseph, présentent un choix différent, moins réussi, probablement parce que l’éclectisme a fait son entrée dans l’île et se traduit ici par une nette volonté d’en imposer. L’église de Saint-Benoît parvient cependant à un certain équilibre qui peut s’expliquer par sa période de construction. la première pierre est posée en 1840 et l’église consacrée en 1852. En fait, l’essentiel des travaux se déroule dans une période déjà fort prospère, mais précédant la décennie 1850-1860 où vont se déchaîner toutes les exagérations architecturales. A Saint-Benoît, l’église est donc quelque peu empreinte d’académisme néo-baroque métropolitain pour la façade, mais le volume général reste équilibré et raisonnable.

L’église de Trois-Bassins, élevée entre 1853 et 1859, plus simple de conception, reste néanmoins d’un académisme irréprochable dans un ensemble équilibré comme à Saint-Benoît, quoique très fade. A Saint-Joseph, l’éclectisme, par un remaniement de la vieille église du 18ème siècle, donne le premier exemple de sa médiocrité, qui culminera dans l’église Saint-Louis. Les bas-côtés sans couverture encadrant le clocher lui donnent l’apparence d’une tour et cette physionomie étrange dont on va trouver une copie conforme transposée dans le bois avec la chapelle des Avirons (aujourd’hui disparue). Son apparence est tout de même plus agréable par la présence d’un toit à deux pans équilibrant l’édifice.

Le comble est atteint par l’église de Saint-Louis qui reproduit ce shéma mais avec un volume beaucoup plus important. Il faut dire que sa construction débute en 1853, en pleine gloire sucrière. Saint-Louis n’a pas de grand bâtiment, et met alors un point d’honneur à égaler le reste de l’île. Le résultat est atteint au-delà de toute espérance. Terminée en 1866 en pleine crise économique, il semble bien qu’elle ait été victime d’une réduction de moyens sur la fin.

L’un des derniers grands bâtiments à voir le jour à la Réunion, en dehors des usines sucrières pour les planteurs résistants encore à la crise, est la chapelle de l’Immaculée Conception. Seule l’Eglise dispose encore de suffisamment de revenus pour se lancer dans un vaste programme de construction. Le collège ne disposait pas d’un lieu de culte d’importance, ce manque est comblé entre 1867 et 1869, quand est élevé la chapelle. Elle prend le parti étonnant de tourner le dos à la rue de Paris, réservant sa façade pour la cour intérieure de l’établissement. Construite spécifiquement par et pour le Collège, c’est peut-être une manière d’éviter toute récupération par la ville de Saint-Denis. Il est évident que la chapelle de l’Immaculée Conception serait rapidement devenue une église à part entière de la ville, ce qui n’était pas son but initial. Il reste cependant cette façade écrasante, pas indispensable, se posant bel et bien comme un message de puissance.

En ce dernier quart du 19ème siècle où la Réunion s’enfonce dans une crise économique sans précédent, c’est un peu une manière de jeter de la poudre au yeux, en reconstituant le style architectural d’une société florissante et remplie d’espoir dans une colonie, en pleine décomposition qui n’en a plus du tout.