Un negrier au XVIIIeme siecle

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Un negrier au XVIIIeme siecle histoire reunion

Un negrier au XVIIIeme siecle

Bien avant cette époque, le Portugal se lance à la conquête des mers. Ses navigateurs longent les côtes de l'ouest de l'Afrique. Pour financer les voyages, certains navigateurs embarquaient des esclaves noirs et les revendaient. Au fil du temps, cette marchandise est devenue une activité principale.

La traite se faisait tout au long de la route des Indes :

Depuis l'Afrique occidentale, les esclaves venaient de la maison des esclaves à Gorée.
De l'Inde, ils venaient de Surate ou de Pondichéry. Ceux-ci étaient en majorité des tamouls et non des malabars.
Depuis Madagascar : Très tôt ce pays est une source de traite - on les recrutait sur la côte orientale de cette Grande île.
Depuis la côte orientale d'Afrique où ils étaient recrutés sur la côte du Mozambique.

Bourbon et l'île soeur font venir des Noirs du Mozambique. On a transformé l'île de Zanzibar en centre de détention des esclaves. Tous ces esclaves étaient montés à bord d'un négrier, parmi les tonneaux, parmi les vivres qu'il fallait apporter car parfois la plus courte des traversées durait 3 mois. Ces bateaux-négriers étaient équipés de faux ponts, permettant de transporter 400 esclaves par voyage. Ce faux pont était insuffisamment aéré, aussi de nombreux esclaves mourraient d'asphyxie. Les vaisseaux négriers étaient des caravelles employées par les Portugais. Soucieux d'avoir un outil avec plus de rentabilité, les néerlandais construisirent spécialement des navires adaptés à la traite. Le commerce était donc juteux !!

Depuis les Indes jusqu'à Bourbon, le voyage durait plusieurs mois parait-il, traversée pénible, risquée.

Les Noirs avant de monter sur le bateau étaient marqués sur l'épaule gauche de l'empreinte de la Compagnie. Pour Bourbon, cette empreinte n'a pas été toujours respectée. Avant le départ pour Bourbon, chaque cargaison servile était répertoriée, en factures en triple exemplaires précisant le sexe, la taille, l'âge, et des signes particuliers. On signalait toujours qu'à tel esclave, il manquait une dent, (ce critère jouait sur le prix de celui-ci).

Peu après le lever du soleil, la journée des esclaves commençait par les ablutions effectuées sous la surveillance de l'officier de garde, soit dans la cale, ou sur le pont et là quatre par quatre. Ils se lavaient le visage et les mains avec de l'eau de mer. Ils rinçaient leurs bouches au vinaigre ; organes sexuels, aisselles étaient nettoyés avec de l'eau vinaigrée. Les surveillants obligeaient ces esclaves à se laver, car la bouche et les yeux faisaient l'objet d'un lavage spécial afin d'éviter le scorbut.

Puis le repas du midi était servi. Selon les distances, ils avaient droit à du riz cuit à l'eau avec une petite quantité de viande de boeuf salé ou de poisson salé ; parfois du maïs, des ignames, du manioc, relevé d'un peu de piment. Si la distance était plus longue, le repas était constitué de vivres plus consistants, avec des fèves, salaisons et biscuits.

On cherchait à occuper les esclaves en les faisant participer au nettoyage du faux pont, le tri des grains et légumes destinés à leur nourriture, fabrication de cordages. Des interprètes de leurs ethnies étaient là et leur racontaient des histoires, apprenaient des chansons, des jeux.

A seize heures, un second repas de la même consistance que celui du midi leur était servi. Après le repas du soir, les esclaves étaient menés sur le pont pour danser, de force ou de gré, afin que ces mouvements fassent disparaître les ankyloses, sinon c'était le fouet.

Lorsque le soleil allait se coucher, les esclaves étaient fouillés. Les femmes et les enfants dormaient dans une autre pièce, et il arrivait que des femmes servent au plaisir des commandants ou autres, voire même l'équipage, car une femme enceinte était vendue plus cher.

De nombreux fers étaient employés pour les enchaîner (une sorte de menotte aux pieds) et ils étaient attachés les uns aux autres.

Bien sûr, les conditions de vie à bord étaient un vecteur idéal pour les maladies. La plus redoutable était la variole, et les cas furent nombreux. Très fréquent aussi le scorbut, la dysenterie, les “plaies gangréneuses”, la lèpre. Le chirurgien à bord ne pouvait pas grand-chose, il ne disposait que de médiocres outils bien souvent rouillés. On comprend donc aisément les lourdes pertes lors de la longue traversée, et le risque d'introduction de maladie à Bourbon. Quand un esclave mourrait, il était balancé par-dessus bord. Les grandes épidémies qui ont affecté l'île au 18ème siècle avaient été apportés par des bateaux négriers : choléra, grippe espagnole et autres.

La traite des Noirs, véritable déportation d'hommes, de femmes et d'enfants approvisionna la colonie en main d'ouvre servile. Plus de 200 000 esclaves ont été introduit au 18ème siècle pour la culture du café, les plantes à épices etc.

L'importation massive d'esclaves pour la culture du café pèsera lourd dans toute l'histoire à venir et l'île se retrouvera transformée en une plateforme d'accueil pour les peuples extrêmement divers. C'est pourquoi on dit de la Réunion que c'est une île multiraciale.

Dès que le bateau accostait, un chirurgien montait à bord pour vérifier l'état sanitaire de la cargaison humaine. Les esclaves malades étaient conduits au lazaret. On construisit par la suite, un lazaret réservé aux Noirs. Ils étaient, à leur débarquement, vêtu d'un simple lambeau de toile autour des reins et étaient mis en rangées de part et d'autre du débarcadère à Saint-Denis. La vente commençait, donc, l'inspection de toutes sortes de parties du corps, sans oublier les dents. Parfois certains étaient conduits dans des nègreries en attendant leur vente à “l'encan” (aux enchères).


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